Thursday, August 30, 2007

25.07 - 31.08.07

Il y a des choses qui paraissent aller de soi... mais non. Vu dans le train Kuala Lumpur - Singapour.


Singapour n’est pas une ville. C’est une caricature, une parodie. Un putain de cauchemar.
Singapour est ce qui arrive quand beaucoup trop d’argent est concentré en un seul endroit. Le stade ultime du capitalisme totalitaire, une vision du futur. Un futur si aseptisé que jeter une cigarette par terre est un délit sérieux. Un futur où toute deviance, tout risque, de quelque nature et aussi minime qu‘il soit, doit être traqué et banni.

Je pensais arriver en basse-saison et n'y passer que deux ou trois jours, mais il y a longtemps que les saisons n’ont plus aucune importance sur la planète Singapour. L’auberge pour backpackers où je pensais atterrir affiche complet, les trois autres de la rue aussi (à moins de dormir en dortoir, mais franchement…). Je finis par dégotter un motel pour voyageurs de commerce chinois où je paie cher un couloir d'1m50 de large sans fenètre.

La cellule du bonheur. Au bout de 5 minutes je rêve de faire le mur.

Pas question de passer quatre jours là-dedans. Je dois quand même pouvoir trouver mieux, et me met immédiatement en chasse. C’est effarant: tous les hôtels sont complets, depuis la pension indienne jusqu’au méga-complexe pour groupes japonais. Je marche des kilomètres, en m’éloignant du centre, et finis à la tombée de la nuit et mort de fatigue à dégotter pour une petite fortune une chambre malodorante à l’hygiène douteuse en périphérie de Little India. Mais au moins je peux déballer mon sac et me retourner.

Dans le métro ultra-moderne et rutilant, des messages enregistrés dans toutes les langues rappellent en permanence que tout sac abandonné doit être immédiatement signalé et sera détruit. Bien en vue, des caméras filment chaque mètre carré. Sur les quais, des écrans vidéos passent en boucle des vidéos appellent les citoyens a faire preuve de vigilance et à signaler tout comportement suspect aux patrouilles de gardes. Les quais sont séparés des voies par des parois transparente. Quand le métro arrive et s’est arrêté, il s’écoule 5 secondes avant que ses portes s’ouvrent automatiquement, puis encore 5 secondes avant que les portes du quai ne s’ouvrent. Dans les wagons, les publicités vendent des cartes de crédit et des business school du soir; sur les vitres sont affichés les montants (en centaines de dollars) des amendes pour manger ou boire dans le train, mettre les pieds sur le siège, jeter quelque chose par terre, etc, et rappellent que tout est filmé. Beaucoup de stations débouchent au cœur de centres commerciaux énormes, comme le Raffles Mall, dans lesquels on se perd en cherchant la sortie.

L’inévitable place de cricket centrale. Comparer avec celle de Kuala Lumpur: les tours en arrière-plan sont nettement plus hautes. KL passe d'ailleurs deuxième à mon classement des villes sud-asiatiques les plus merdiques.

Singapour est aussi clairement en tête de la course que se livrent toutes les capitales asiatiques pour ressembler le plus vite possible à Hong Kong.

Il n’y a rien à faire à Singapour que gagner de l’argent, et le dépenser. L’activité principale est donc le shopping, ou plutôt le lèche-vitrine, le long de l’avenue principale, Orchard Road. Evidemment, pas question de copies ni de piratage ici. Je ne savais pas qu’il existait autant de marques de luxe, de prêt-à-porter, de sous-vêtements, de parfums, de bijoux, de montres, qui toutes, à ce qu’on pourrait croire, utilisent les mêmes deux ou trois photographes et les mêmes mannequins. Tout est effroyablement cher, au moins autant qu'en Europe.

Authentique: on ne trouve pas de chewing-gums à Singapour, ils sont interdits a la vente, afin que personne ne s’avise d’en jeter un seul par terre.

Si Singapour a eu une âme un jour, ce qui est certain, il y a longtemps qu’elle est morte et que ne reste qu’un cadavre plastifié, désinfecté, repeint et verni. Une enveloppe vide.
La vie a été définitivement exclue de Singapour - beaucoup trop salissante, nauséabonde, antihygiénique. Le fric a pris sa place. Au milieu des années 80, le marché flottant et ses centaines de barques a été supprimé pour des motifs de salubrité publique. Les milliers de personnes qui vivaient au bord du fleuve ont été chassées comme de la vermine, leurs maisons transformées en restaurants, bars, appartements de standing. Le dernier quai a avoir été «nettoyé» vient d’«ouvrir», comme on ouvre un parc d’attraction ou une grand magasin. On y trouve des bars au design épuré - tous les bars de Singapour sont design - des restaurants chics à thème, des boîtes hype pour golden boys et bling-bling girls. Mais Singapour a franchi une nouvelle étape en recouvrant carrément tout le quartier de gigantesques structures en forme de parapluie, un énorme chapiteau de métal et de plastique qui recouvre les immeubles et remplace le ciel. On a l’impression d’être dans une bulle, sur une autre planète, dans une cité-hologramme sur Mars, où il ne pleut jamais et où même l’air est artificiel.



Alors que je fais un tour en bateau sur le port au crépuscule, je tombe sur un spectacle incroyable - des dizaines de grosses sphères lumineuses pourvues de filaments, comme des immenses méduses aériennes, qui avancent de concert... en fait des ballons-sondes reliés à des hors-bords. il s'agissait sans doute de la répétition d'un show pour la fête nationale. Suis aussi tombé sur le clip patriotique d'une Lara Fabian locale qui hurlait son amour pour Singapour - je pense qu'en effet se convaincre qu'on y vit au paradis et non en enfer requiert un violent effort d'auto-persuasion.

Singapour est peut-être la seule preuve convaincante sur Terre que l’argent ne fait pas forcément le bonheur. Même blindé de fric, je ne voudrais pas vivre dans ce cauchemar aseptisé.
En fait je ne suis ici que pour prendre l'avion pour Bali, où je dois retrouver Nat le 28. Mauvaise idée. Tous les vols sont complets, pour les 5 prochains jours au moins. Le ciel me tombe sur la tête. Traverser toute l'Indonésie en train et/ou en bus n'est pas une option. La fille de l'agence de voyage me refile l'adresse web de la compagnie low-cost locale en me conseillant en désespoir de cause d'y jeter un oeil moi-même. Je me rue dans le premier cybercafé - tous les vols affichent sold-out sauf un, dimanche 1er août. Pas le choix, je le prend avant qu'il ne me passe sous le nez. Me voilà coincé ici une bonne semaine, et Nat ne prend pas très bien la chose, ce qui est ma foi compréhensible.

Au bout de quatre jours, par pur désespoir, je tente d’aller tromper l’ennui sur l’île-parc d’attraction de Mendosa. Un monorail me dépose devant les arcs de cercles parfaitement concentriques des plages artificielles, délimitées par des faux rochers de béton peint. Une succursale du Café del Mar d’Ibiza diffuse de la house d’ascenseur. Je me pose sur un transat signé Starck pour profiter du soleil qui fait sa première (et dernière) apparition. Un télésiège conduit au sommet d'une colline. Le long de la file, au moins 5 panneaux consécutifs mettent en garde qu'attention, les siège ne s’arrêtent pas (ciel), des shemas expliquent comment se positionner et s’asseoir, puis un écran diffuse une vidéo qui fait de même. Arrrivé à l’épreuve de l’embarquement, trois types sont là pour m’assister et ralentir le siège, il y a un point par terre qui m’indique où je dois me positionner, et un point sur le siège là où je dois poser mon cul. Hilarant, ou effarant. Cette obsession sécuritaire infantilisante, l’autre facette du contrôle total de l’individu par Big Brother (une main qui punit, une main qui protège), atteint ici des somment d’absurde, comme tout le reste d‘ailleurs.

Je finis à Underwaterworld. Le clou en est un tunnel transparent sous-marin qui serpente à travers plusieurs énormes bassins.


Ce poisson doit faire au moins trois mètres, sans doute davantage. Je ne savais même pas qu'il existait des poissons aussi énormes.

Ce sympathique carnassier m'a accompagné un bon moment, me fixant de son oeil taquin.

Suis assez content qu'il y ait une vitre entre eux et moi.

Un dugong (ou un lamantin, je ne sais plus), adorable grosse vache de mer qui broute paisiblement. Dans un autre bassin que le précédent, évidemment.

L'heure de la bouffe: caché au milieu de la mêlée, un plongeur.

Il n'y a pas beaucoup d'animaux plus simples que les méduses, mais il n'y en a pas non plus beaucoup de plus beaux.



Les sirènes du port de Singapour ne chantent qu’une seule mélodie, l’hymne du fric triomphant.



On dit que Singapour est la Suisse de l’Asie, c’est faux - à côté de Singapour, la Suisse est un joyeux foutoir anarcho-libertaire et communiste, et je ne crois pas qu'elle puisse un jour espérer rivaliser, surtout avec sa future composition éthnique - et tant mieux.


Au bord du nervous breakdown je tente l'excursion a la Villa Haw Par, construite par l’entrepreneur chinois Aw Boon Haw, richissime inventeur du Baume du Tigre, pour son frère Boon Par. Grands communicateurs avant la lettre, les frères avaient le sens de la pub: leurs voitures étaient peintes de rayures jaunes et noires avec une grande tête de tigre rugissante à l’avant, et en en 1937 , Haw décida de transformer sa propriété en une sorte de parc d’attraction basé sur les légendes et la mythologie chinoise en la remplissant des centaines de sculptures quasi grandeur nature. Le résultat est sans doute l’endroit le plus surréaliste que j’ai jamais vu, une sorte version asiatique du jardin du Facteur Cheval, un délire multicolore totalement psychédélique et plus qu'étrange. Le point fort en est sans conteste la représentation ultra sanguinolante, dans un tunnel creusé dans une montagne artificiel, de l’enfer selon la vision chinoise. Passé la porte gardée par deux divinités monstrueuses, on voit les morts (qui n'en mènent pas large, vu ce qui les attend) jugés par un vieux barbichus à l’air peu commode, et les pêcheurs (soit 99,99 du total, à mon avis, au vu de la liste des actes considérés comme des pêchés) sont ensuite envoyés dans les dix cercles correspondant à leurs vices et à leurs actes terrestres. Suit une série de scènes de tortures aussi effroyables que diverses, où on reconnaît bien la créativité asiatique. Brûlés vifs par des démons grimaçants, étripés, écartelés, broyés, dévorés par des chiens, empalés, et évidemment bien incapables de mourir puisque déja morts. Ouille.

Jetés dans de lave en fusion: aïe!

Attachés à une chaudière rougeoyante: ouch!

Découpés en morceaux: argh!

J’imagine bien les générations de petits Chinois de Singapour que leurs parents ont amenés ici pour leur montrer ce qui leur arriverait s’ils ne faisaient pas leurs devoirs et qui en sont ressortis traumatisés à vie…

Mais finalement la vision chinoise de l'enfer est malgré tout moins cruelle que la chrétienne, puisqu'ici pas question de damnation éternelle (qui est vraiment très longue, surtout vers la fin, comme l'a dit Woody Allen): après en avoir bien bavés, les morts sont renvoyés pour un tour sur terre, leurs souvenirs effacés.

Le reste du parc n’est pas piqué des vers non plus. Certaines scènes représentent des légendes taoïstes assez compliquées où un moine héroïque accompagné de son cheval magique et de son singe-valet affrontent des sœurs maléfiques et transformistes, des dragons et divers démons pour récupérer je ne sais plus quel livre sacré.

D’autres sont tellement barrées qu’on se demande vraiment ce que prenaient ces Chinois allumés: ici une scène bien sanglante de la guerre des lapins blancs, des rats et des hamsters, apparemment. Apprécier le rat égorgé et amputé au premier plan…

Heureusement les sauveteurs ne sont pas loin. Ouf, la morale est sauve. Allons mon gars, un coup de Baume du Tigre et il n’y paraîtra plus.

Ici, euh… une tortue cornue… et un crapaud à casquette… à dos d’autruche???

Scène de la vie quotidienne d'un couple de cerfs gay et modernes.

?????!??!??!!???#???

22 - 24.07.07

Un nom qui sonne, exotique et plein de promesses. Déception. Kuala Lumpur n’a pas (plus) grand-chose à offrir. Sa principale, pour ne pas dire unique, source de fierté semble être ses nombreuses tours.

Particulièrement les Petronas Towers, qui furent brièvement les plus hautes du monde…

et la KL Tower du haut de laquelle on jouit d’une vue imprenable sur les autres tours plus petites du Golden Triangle. Fascinants.

La Malaisie est un pays essentiellement musulman. Les rues sont si pleines de mollahs barbus et tout le monde tire une telle gueule que j’ai l’impression d’être de retour en Europe. Je réalise alors pourquoi l’Islam m’inspire une aversion croissante: autant il est possible d’imaginer nouer une relation amicale et empreinte d’un relatif respect mutuel avec un bouddhiste ou un hindou, autant il est clair qu’avec un musulman pratiquant il n’est rien de tel à espérer. Le rejet est total, l’incompatibilité réciproque, et, je crains, le conflit difficilement évitable. Et puis voir des jolies asiatiques attiffées en Casper le phantôme ou en sacs-poubelles me désolent. Elles aussi, visiblement.
Comparé à Bangkok, KL a autant de charme qu’une pelle mécanique. Pas de tuk-tuks ni de motos-taxis, pas de nourriture dans la rue, pas de marchandise sur les trottoirs, pas de sourires ni de rires. La rivière n’est qu’un égout puant à ciel ouvert. Trouvé refuge à Chinatown, de loin le quartiers le plus vivants.

La place centrale, la bien nommée Merdeka Square: un stupide terrain de cricket,étranglé par des échangeurs routiers, avec quelques vestiges coloniaux sur fond de tours.

Au pied des tours, quelques rares résidus du KL de jadis. Je ne leur donne pas cinq ans.

Le Old China Café, dernier café chinois traditionnel de KL, attire à des touristes français qui doivent se demander comme moi ce qu’ils foutent là.

Le Coliseum Hotel et son bar furent un endroit élégant et cosmopolite avant de devenir une étape obligatoire pour les routards des années 70 à 80. Aujourd’hui en bout de course, plus personne ne passe sa porte, la faute peut-être à ses vitres tellement sales qu’on pourrait le croire fermé. J’aurais voulu y dormir, mais l’absence d’enseigne lumineuse et l’empressement du taxi à m’emmener dans un hôtel où il pourrait toucher sa commission en ont voulu autrement. J’y ai quand même mangé un pavé de boeuf sur ardoise à se relever la nuit.

Enfin une pub qui dit la verite...

19 - 21.07.07

Départ de Hat Yai avec le train de 14h, après un peu de shopping (walkman à 50 francs, quelques Cds à 4 fr.) dans la zone commerçante - en fait un dédale de longs passages couverts d’à peine 1 mètre 50 de large où l’on trouve de tout (surtout du faux) à de prix inimaginables. Ai hésité pour la coffret James Bond (28 DVD) pour moins de 100 francs ou un G-Shock à 10.-.

Le train est confortable quoique glacial comme d’habitude, peu rempli, le voyage s’annonce plus agréable que ce que je craignais. Arrivé à la frontière malaisienne, tout le monde descend, avec armes et bagages (surtout) pour passer devant les douaniers, et le train s’en va. Formulaire de sortie de Thaïlande, taxe, tampon; formulaire d’entrée en Malaisie, taxe, tampon. Après une bonne heure d’attente un peu perplexe, le même train revient et on réembarque. Encore une heure, et on repart. Je me demande s’il fut un temps où les passagers devaient descendre du train à Vallorbe.

Arrivée à Butterworth à la tombée de la nuit. Il tombe des cordes. Heureusement le débarcadère du ferry pour l’île de Penang est juste à côté. Perchés sur la barrière, une trentaine de corbeaux me regardent passer. Difficile de ne pas penser aux Oiseaux d’Hitchcock. Ou à Hugin et Munin, évidemment, mais qui aurait amené toute leur famille… Quoiqu’il en soit, j’y vois un bon augure.
La pluie a cessé. En face, les tours de Georgetown se découpent dans la brume. A leurs pieds les lumières du port et de la ville, du même jaune qu’en Espagne. La ville semble accueillante et pleine de promesses, ni trop grande ni trop petite, ni trop touristique ni trop paumé. Depuis le taxi, j’aperçois de vastes entrepôts art déco délabrés, des bâtiments blancs à divers stades de décrépitude, sièges autrefois prestigieux de compagnies maritimes, d’assurances, de banques, etc. Georgetown doit son existence à la East-India Company et à l’empire britannique. L’île était un des ports les plus importants de la route des épices et la grande rivale de Melaka, plus bas sur la côte malaisienne, tenue par les Hollandais. Les Anglais encouragèrent l’arrivée de milliers d’immigrants chinois et indiens. Depuis la fin de l’empire, l’île périclite doucement, et le tourisme ne lui a pas encore permis de se refaire une beauté factice.
Mon hôtel est un musée vivant, une pure merveille rescapée d’un temps où les voyageurs étaient des dames et des messieurs bien mis et bien nés portant chapeaux et ensembles crèmes.
On y a tourné des films, d’ailleurs Penang sert souvent de décor historique, notamment pour Indochine, avec Catherine Deneuve.

Le lobby avec la cour centrale à ciel ouvert typique de l’architecture Feng Shui chinoise.

Ma chambre est énorme (à l‘époque, l‘espace n‘était pas compté), haute de plafond avec un grand ventilateur qui brasse mollement l’air, un parquet qui grince et une odeur qui me rappelle l’appartement de ma grand-mère. Dehors, un karaoké enchaîne les rengaines chinoises larmoyantes. Je suis plutôt content d’être là.

A part les voitures, rien n’a changé à Georgetown depuis un bon siècle.
Appuyées les unes contre les autres, les maisons-échoppes chinoises somnolent au soleil.

Le long des ruelles étroites, les égoûts sont toujours à ciel ouvert et la vie s’écoule au ralenti.

De temps en temps un temple chinois, vide et traversé par la brise.


Près du port, les bâtiments coloniaux, blancs et vides.


La couverture de mon futur livre, "Une année en schlarps" (on en tongs, ou en flip-flops, il faudra que je consulte l'Académie). Sérieux, il tue ce cliché, non?


RIONS UN PEU AVEC LES MUSULMANS
Dans la série "ils sont trop cons...", ce panneau sur la porte d'un bor... d'un salon de massage (ca s'appelle des "health centers" en Malaisie) m'a mis de bonne pour la journée. J'imagine le pauvre Malais qui accompagne son pote chinois ou indien et qui doit attendre devant la porte... Le pire c'est qu'une telle loi a forcément été passée par des musulmans.

17 - 18.07.07

Le surlendemain (après une journée playa pour me remettre de, euh…), départ pour Ko Lanta. Un pécheur accepte de m’y emmener pour un peu moins de 100 francs, ça n’est décidément pas donné mais je n’ai pas trop le choix.


Cap sur les nuages!


Arrivée à Ko Lanta, totalement mort, dans un village phantôme. Tout est fermé. Quelques habitants lézardent devant un magasin et me regardent crapahuter avec mes 50 kilos de bagages, un peu médusés. Ils se révèlent rapidement comme les Thaïs les plus adorables que j’ai rencontré.


Et encore un déjeuner devant un vue pas dégueulasse, un.


Je pensais initialement passer une nuit à Lanta, mais vu l’ampleur de la basse-saison ici, poursuivre ma route me semble soudain très préférable. Un local saute sur sa moto et va chercher la responsable de l’agence de voyage du coin, qui me dégotte une place dans le prochain minibus. Tout le monde attend avec moi, me pose des questions, m’offre des fruits… J’ai beau être en Thaïlande depuis deux bons mois, ces gens m’étonneront toujours. Au premier transbordement, le chauffeur du bus pour Hat Yai exige un supplément pour mon deuxième bagage. Il est vrai que je remplit pratiquement le coffre à moi tout seul. Hat Yai est la dernière ville thaïe avant la Malaisie, une ville frontière assez moche, un peu triste, avec une forte communauté chinoise et des marchés à des prix défiant toutes concurrences.

Chargé comme je suis, je prend avec soulagement la première chambre du premier hôtel que je trouve. C’est une horreur, sale, sans fenètre, mais peu importe, et le prix est à l’avenant - dérisoire. A peine lui ai-je demandé la direction de la gare, la réceptionniste m’y accompagne spontanément et se renseigne pour moi. Et non, elle n’attendait absolument aucun «tip» ni quoi que ce soit. C’est officiel: les Thaïs sont bel et bien le peuple le plus gentil de la planète.

14 - 16.07.07

C’est en traînant les pieds que je quitte m'apprete a quitter la Thailande - même si j’y ai passé au moins trois fois plus de temps que prévu - de bon matin et chargé comme un mulet, avec mon sac plein à craquer sur le dos, mon matos de plongée dans une énorme valise qui m’arrache le bras et le laptop autour du cou. Je suis tellement encombré que c’en est ridicule, je peux à peine avancer et chaque transbordement est un combat contre la gravité qui me laisse en nage. J’ai dû me lever à l’aube, me suis couché tard, ai mal dormi, n’ai rien mangé, suis d’une humeur massacrante, heureusement que je suis tout seul (et que je ne suis pas du genre à me plaindre… hem). Le voyage est aussi désagréable que d’habitude, il pleut, tout le monde s’entasse dans la cabine du bateau, je suis encerclé d’abrutis bruyants et excités, je hais la terre entière, mais à part ça tout va bien.


L’arrivée à Ko Phi Phi est encourageante: la pluie a cessé et l’île est magnifique, avec ses falaises vertigineuses qui enserrent une flotille de bateaux de peche, reconvertis dans la plongée pour la plupart.


Le débarcadère, où attendent les habituels rabatteurs.


A peine arrivé, je m’effondre au lit jusqu’au lendemain à l’aube. Heureusement, les Thaïs se lèvent tôt,et je trouve une brave dame qui me fait son premier poulet-légumes-riz de la journée. Rassasié et reposé, je pars explorer l’île. En gros Phi Phi a vaguement la forme d’un 8, avec le village au centre, au point le plus étroit et le plus bas, pratiquement au niveau de l‘eau. Partout dans les restos, les magasins et les agences, des photos permettent de se rendre compte des ravages du tsunami de 2005 (?) et de l’effort de reconstruction. Le raz-de-marée n’avait laissé qu‘un tas de ruines, à part un ou deux hôtels semi-luxe en béton, tout le reste avait été balayé. Deux ans après, 90% est reconstruit, mais chaque habitant a sans doute perdu des proches, des parents, des amis, qui ne reviendront jamais.


L’île est effectivement magnifique. La marée est encore trop basse pour se baigner sur la plage…

Je pars explorer les collines avoisinantes…


Et me baigne depuis des rochers qui rappellent le littoral du Léman. Je suis totalement seul, aussi loin que porte le regard. Si les serpents qui doivent probablement habiter ces rochers sont venimeux, je pourrais être mal, mais bon…. Fuck it.


Sous le soleil, Ko Phi Phi est encore plus magnifique. Lagons turquoise, eau chaude, pas un bruit de moteur…

Renseignement pris, il n’y a pas de liaison entre Ko Phi Phi et Ko Lanta en basse saison. Pour pouvoir continuer ma route sans revenir sur mes pas, je vais donc devoir m’acheter les services d’un pêcheur local à bord d’un bateau du type de ceux-ci. Cette fois je m’assurerai du prix avant d’embarquer.


Le soir coucher de soleil incroyable sur le village, dans lequel je passe pas mal de temps à me paumer encore et encore. Je n’ai toujours pas compris comment il s’organisait, et pourtant ce n’est pas bien grand. La quatrième dimension.


La plongée est la grande affaire de Phi Phi, avec une bonne vingtaine de centres, dont certains ciblant une clientèle spécifique, germanophone, scandinave, francophone, etc. Je sonde un peu le terrain, et bonne nouvelle, il semble que trouver du travail comme divemaster durant la haute saison (à partir d’octobre) n’est pas du tout un problème ici, contrairement à Phuket, où il faut absolument un permis de travail en règle, ce qui coûte très cher soit à l’employeur (mais aucun centre ne déboursera un kopeck pour un divemaster), soit à l’employé, qui doit en fait créer et faire enregistrer sa propre société personnelle, ce qui coûte plusieurs milliers de francs. Evidemment, les lois sont en principe les mêmes à Phi Phi, mais comme il n’y a pas de police sur l’île…


A Dahab, mon coloc’ Mike et moi plaisantions au sujet des bédouins qui passent leurs journées à tourner au volant de leur pick-up et à héler le piéton un peu trop blanc: Tut-tut! «Taxi? Taxi?». Nous nous imaginions faire comme eux et nous balader dans les rues en arrêtant les gens: «Dive? Guided dive?». Eh bien il faut croire que ça n’est pas aussi absurde que nous le pensions car j’ai vu, à Phi Phi, devant un centre de plongée, une pauvre divemaster (je suppose) alpaguer les passants: «Scuba diving tomorrow…?». Inutile de dire que j’ai acceleré le pas et que je ne me suis pas présenté dans ce centre-là. Au secours. Vendeur de plongées à la criée.